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Un rapport explosif de la Cour des Comptes
Le récent rapport de la Cour des Comptes a mis en lumière un scandale immobilier d’une ampleur sans précédent au Sénégal. Sous le règne de l’ancien président Macky Sall, plusieurs immeubles emblématiques ont été cédés à la Société nationale de gestion et d’exploitation du patrimoine bâti de l’État (SOGEPA), pour un montant total de 198,092 milliards de FCFA.
Derrière ces transactions, de nombreuses zones d’ombre subsistent : les critères d’évaluation des biens, l’absence de mise en concurrence et la destination finale des fonds perçus. Ce rapport relance le débat sur la transparence de la gestion du patrimoine public et soulève des interrogations sur d’éventuelles collusions politico-financières.
Des cessions aux montants colossaux
Parmi les biens cédés, plusieurs immeubles historiques de Dakar, situés dans des zones stratégiques :
L’immeuble Parchache (Plateau) – 2,44 milliards FCFA pour 1 251 m²
L’immeuble DAGE (Rue du Dr Calmette) – 4,428 milliards FCFA pour 1 982 m²
L’immeuble des Eaux (Avenue de la République) – 3,512 milliards FCFA pour 882 m²
L’immeuble Pasteur – 5,418 milliards FCFA pour 3 486 m²
L’immeuble Ex DEB – 8,152 milliards FCFA pour 3 486 m²
L’ancien palais de justice (Cap Manuel) – 59,269 milliards FCFA pour 37 941 m²
L’immeuble ROSE (Avenue Cheikh Anta Diop) – 13,245 milliards FCFA
L’immeuble du ministère des Finances et du Budget – 15,449 milliards FCFA pour 3 495 m²
Le Building administratif (face au Palais de la République) – 72,105 milliards FCFA pour 10 842 m²
L’immeuble Ex-École Douanes (Avenue Carde) – 13,072 milliards FCFA pour 5 734 m²
Des montants faramineux qui, sur le papier, pourraient témoigner d’une bonne gestion domaniale. Mais en réalité, le rapport de la Cour des Comptes met en cause l’opacité des procédures et l’absence de transparence sur l’affectation des fonds.
Des questions sans réponses
Les conclusions de ce rapport posent plusieurs questions majeures :
Pourquoi ces cessions ont-elles été réalisées sans appels d’offres ouverts ?
Qui sont les véritables bénéficiaires derrière la SOGEPA ?
Ces fonds ont-ils réellement bénéficié au Trésor public ou ont-ils été détournés ?
Pourquoi céder des bâtiments stratégiques alors que l’État loue souvent des bureaux à prix d’or ?
Ces cessions interviennent dans un contexte où l’État sénégalais souffre d’un déficit budgétaire préoccupant, accentué par la crise économique et l’augmentation de la dette publique. Pourtant, au lieu d’optimiser l’exploitation de ces bâtiments, ils ont été cédés dans des conditions qui interrogent.
Une manœuvre pour privatiser le patrimoine de l’État ?
Le cas du Building administratif, cédé pour 72,105 milliards FCFA, illustre à lui seul l’ampleur du scandale. Situé en plein cœur du Plateau, face au Palais de la République, cet immeuble abritait des services stratégiques de l’administration sénégalaise. Pourquoi l’avoir vendu alors que l’État pourrait en tirer des revenus locatifs conséquents ou y loger des administrations pour réduire ses propres coûts ?
De même, la cession de l’ancien palais de justice au Cap Manuel, avec sa superficie de 37 941 m², suscite des interrogations. Ce bien, d’une valeur patrimoniale inestimable, a été vendu pour 59,269 milliards FCFA. À qui a-t-il été vendu ? Quel projet est prévu sur ce site stratégique ?
L’urgence d’une enquête indépendante
Face à ces révélations, les autorités actuelles doivent répondre à plusieurs exigences :
- Publier les contrats de vente et les critères d’évaluation des immeubles.
- Clarifier l’utilisation des fonds issus de ces transactions.
- Identifier les véritables acheteurs et les bénéficiaires finaux de ces cessions.
- Auditer la gestion de la SOGEPA et ses liens avec d’éventuels acteurs politiques ou économiques.
Ce scandale met en lumière un système de gestion du patrimoine public où l’opacité et les conflits d’intérêts semblent dominer. Il est impératif que la justice et les organes de contrôle mènent des investigations approfondies pour établir la vérité et, si nécessaire, engager des poursuites.
Conclusion : une affaire qui ne doit pas être étouffée
Le peuple sénégalais a le droit de savoir comment son patrimoine a été bradé et d’exiger des comptes. L’affaire des immeubles vendus en toute discrétion doit faire l’objet d’une enquête indépendante, et les responsabilités doivent être clairement établies.
Dans un pays où la lutte contre la corruption est une priorité, cette affaire pourrait devenir un test majeur pour la transparence et la justice au Sénégal.
Par Matar Ndiaye, journaliste d’investigation
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